Cycle Anthropo-Scènes 2020*2022

« Oublieux nous sommes,
et soudain l’amnésique se réveille et c’est là,
juste sous nos pieds au bord du gouffre.

Une mémoire se fend, comme un mur,
et nous y sommes (…)
Ô Homme, où vas-tu ?

(Satprem, La Tragédie de la Terre)

Le terme Anthropocène, relatif à la chronologie de la géologie, a été proposé pour caractériser l’époque de l’histoire de la Terre qui a commencé lorsque les activités humaines ont eu un impact global significatif sur l’écosystème terrestre : cette nouvelle époque géologique aurait débuté à la fin du XVIIIème siècle avec la révolution industrielle, et succéderait ainsi à l’Holocène. L’Anthropocène serait ainsi la période durant laquelle l’influence de l’être humain sur la biosphère a atteint un tel niveau qu’elle est devenue une « force géologique » majeure capable de marquer la lithosphère.

Le cycle pluriannuel « Anthropo-Scènes 2020*2022 » se propose ainsi de questionner, à travers le geste artistique et plusieurs créations scéniques, cette relation que l’Homme entretient avec ce qu’il a appelé la Nature, et dont il a puissamment décidé de s’extraire au fil de son histoire à grand renfort de techniques, de technologies et de sciences… mû par une logique de survie et de sécurité et somme toute par la peur. Arrivé au point de saturation de son mental hypertrophié, dans un désir toujours plus grand de maîtrise et de confort, Homo Sapiens semble ne plus savoir comment sortir de ce registre de la toute puissance. Et pourtant, nous sommes la Nature, et notre époque secouée par l’imminence de catastrophes environnementales et humanitaires majeures, nous le rappelle avec force.

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Au cœur de notre travail de création, se trouve l’idée du point de bascule.

L’humanité entière semble être arrivée à ce point de bascule (ou de rupture) qui nous place au bord du vide, où tout est encore possible, la chute comme l’envol.

Mais c’est un point ultime, d’où ne nous pouvons plus ni reculer ni attendre, et qui nous intime de répondre en actes à la question brûlante de la destinée de notre vieille espèce. Quel nouveau récit collectif nous permettra de renouveler notre conscience, et de passer d’une histoire faite de prédation, de peur et d’avidité à une histoire de réconciliation avec la Nature que nous sommes, et à laquelle nous n’avons jamais cessé d’appartenir ?

Le fleuve, dans cette vision, est la métaphore puissante du temps qui passe, de la grande Histoire qui se déroule, de la destinée humaine, du grand fleuve de la vie et de la mort… Il est le support métaphorique idéal à ces interrogations poétiques et philosophiques, que nous proposons de partager avec le plus grand nombre, lors de ce nouveau cycle de créations et de sensibilisation de trois ans. L’eau, plus largement, est une matière dont la portée symbolique est grande, et nous puiserons dans la littérature toutes les images qui nourriront notre propos, et ne cesseront de nous rappeler ceci : nous sommes de l’eau, nous sommes le fleuve.

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« Imaginez cette fable : une espèce fait sécession. Elle déclare que les dix millions d’autres espèces de la Terre, ses parentes, sont de la « nature ». A savoir : non pas des êtres mais des choses, non pas des acteurs mais le décor, des ressources à portée de main. [...] Nous avons une bataille à mener quant à l’importance à restituer au vivant. [...] Il s’agit de refaire connaissance : approcher les habitants de la Terre, humains compris, comme dix millions de manières d’être vivants » (Baptiste Morizot, Manières d’être vivant – Actes Sud 2020)

Le cycle pluriannuel Anthropo-Scènes comporte trois volets :

- Une création professionnelle : « Terra Mater Furiosa » (en cours de gestation, perspective été 2020)

- Une dynamique participative sur le territoire du Pilat Rhodanien : « Nous sommes le Fleuve » (de mars à octobre 2020)

- Une installation poétique « Fleuves Intérieurs » visible dans plusieurs sites